Comment gérer ses émotions face à la perte d'un proche

Il y a des moments où les mots ne suffisent plus. La perte d'un proche fait partie de ceux-là. Du jour au lendemain, une présence familière disparaît, et avec elle, une partie du quotidien qui semblait aller de soi. Ce qui reste, ce sont des émotions qui arrivent parfois sans prévenir, qui se contredisent, qui débordent ou au contraire qui se figent. Vous vous demandez peut-être si ce que vous ressentez est normal, si vous devriez déjà "aller mieux", ou pourquoi certains jours sont plus lourds que d'autres sans raison apparente.
Cet article ne cherche pas à vous offrir une méthode miracle en cinq étapes pour "faire votre deuil" plus vite. Il propose plutôt de comprendre ce qui se joue réellement dans votre corps et votre esprit lorsqu'un être cher disparaît, et surtout, comment traverser cette période sans vous perdre vous-même au passage.
Ce que vos émotions essaient de vous dire
Le deuil ne se limite pas à la tristesse. C'est un enchevêtrement d'émotions qui n'obéissent à aucune logique linéaire : chagrin, colère, culpabilité, soulagement parfois, sidération, vide. Certaines personnes ressentent un engourdissement presque total dans les premiers temps, une forme de protection naturelle face à un choc trop violent pour être absorbé d'un coup. D'autres sont submergées immédiatement par une douleur physique autant qu'émotionnelle : gorge serrée, fatigue extrême, troubles du sommeil, perte d'appétit.
Aucune de ces réactions n'est anormale. Le corps et l'esprit réagissent chacun à leur rythme à une perte qui bouleverse un équilibre installé parfois depuis des années. Le psychiatre Christophe Fauré, qui a beaucoup écrit sur le sujet, rappelle que la colère qui surgit pendant le deuil sert souvent à donner un sens à ce qui vient d'arriver, avant de laisser place à une tristesse plus profonde.
Le mythe des cinq étapes du deuil
Vous avez sans doute déjà entendu parler du modèle en cinq étapes : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Ce modèle, développé par la psychiatre Elisabeth Kübler Ross, a le mérite d'avoir posé des mots sur des vécus jusque là peu explorés. Mais il faut le préciser clairement : Kübler Ross l'a conçu à l'origine pour décrire le vécu des personnes en fin de vie elles-mêmes, pas celui des personnes qui perdent un proche.
Les recherches plus récentes, notamment celles du psychologue George Bonanno, montrent que le deuil ne suit pas un chemin linéaire par étapes fixes. Il fonctionne davantage par vagues : des moments de tristesse intense alternent avec des moments où la vie reprend, parfois même avec de la légèreté, sans que cela signifie que le travail de deuil est terminé ou au contraire qu'il régresse. Se sentir coupable de rire à nouveau quelques semaines après un décès ne veut rien dire de mal sur vous. C'est simplement ainsi que fonctionne un esprit qui cherche à retrouver un équilibre.
Deuil normal et deuil compliqué : où se situe la limite
La plupart des deuils, aussi douloureux soient ils, suivent un processus qui s'atténue progressivement avec le temps, sans intervention médicale nécessaire. On parle en revanche de deuil compliqué lorsque la souffrance reste intense et empêche durablement de reprendre le cours de la vie, bien au-delà de ce qui est habituellement observé.
Les professionnels distinguent plusieurs formes de deuil compliqué, notamment identifiées par le chercheur J. William Worden :
le deuil chronique, qui s'étire dans le temps sans jamais vraiment s'apaiser
le deuil différé, marqué par une absence apparente de chagrin au moment du décès, qui ressurgit plus tard
le deuil exagéré, une réaction émotionnelle disproportionnée qui empêche d'élaborer l'absence
le deuil masqué, où la souffrance ne s'exprime pas directement mais à travers des symptômes physiques ou comportementaux
Si vous vous reconnaissez dans l'une de ces formes, ou si l'entourage vous signale que "quelque chose ne va pas" plusieurs mois après le décès, il est pertinent de consulter un professionnel de santé (médecin, psychiatre ou psychologue) capable de poser un diagnostic. Un accompagnement, qu'il soit thérapeutique ou de coaching selon les situations, n'est jamais un aveu de faiblesse.
Pourquoi certaines personnes s'effacent encore plus pendant le deuil
Il y a un phénomène que je rencontre régulièrement dans mon activité de coach, et qui concerne particulièrement les personnes déjà habituées à s'effacer dans leurs relations. Face à la perte d'un proche, elles ont tendance à mettre leurs propres émotions de côté pour "tenir" pour les autres : rassurer le reste de la famille, organiser les obsèques sans faillir, être celle ou celui sur qui tout le monde s'appuie.
Ce réflexe est souvent une manière apprise depuis longtemps de gérer les situations difficiles : prendre soin des autres avant de prendre soin de soi. Le problème, c'est que les émotions mises de côté ne disparaissent pas. Elles s'accumulent, et ressurgissent parfois bien plus tard, sous une forme plus difficile à comprendre et à traverser. Reconnaître ce mécanisme, c'est déjà commencer à se donner le droit de ressentir sa propre peine, sans attendre d'avoir fini de s'occuper de tout le monde.
Des pistes concrètes pour traverser cette période
Il n'existe pas de recette universelle, chaque deuil est différent selon la relation, les circonstances du décès et l'histoire personnelle de chacun.e. Voici néanmoins quelques repères qui aident réellement à traverser cette période sans se perdre :
Autorisez vous à ressentir ce qui vient, sans le juger ni chercher à le faire taire trop vite
Parlez de la personne disparue plutôt que d'éviter le sujet, cela aide à intégrer la perte plutôt qu'à la fuir
Maintenez quelques repères simples au quotidien (sommeil, alimentation, mouvement), même minimes
Acceptez de ne pas être opérationnel.le à 100 % pendant un temps, sur le plan professionnel comme personnel
Entourez vous de personnes capables d'écouter sans minimiser ni presser vers "l'après"
Envisagez un accompagnement individuel ou un groupe de parole si la solitude face à cette épreuve devient trop lourde
Tableau récapitulatif : émotions du deuil et pistes d'action
Émotion ressentie | Ce qu'elle signifie | Une piste pour l'accueillir |
Sidération, engourdissement | Protection face à un choc trop intense | Se laisser du temps, ne rien forcer |
Colère | Recherche de sens face à l'injustice ressentie | En parler plutôt que la retourner contre soi |
Culpabilité | Sentiment fréquent, rarement fondé sur des faits réels | La questionner avec un tiers de confiance |
Tristesse profonde | Prise de conscience pleine de l'absence | S'autoriser à pleurer, à ralentir |
Soulagement | Réaction normale, notamment après une longue maladie | L'accueillir sans honte, elle coexiste avec la peine |
Quand l'entourage professionnel du deuil peut prendre le relais
Le moment qui suit immédiatement un décès est souvent occupé par les démarches pratiques : les pompes funèbres accompagnent les familles pour tout ce qui concerne les obsèques, un rôle essentiel mais circonscrit à cette période. Une fois les démarches terminées, beaucoup de personnes se retrouvent seul.es face à leurs émotions, sans savoir vers qui se tourner pour la suite.
C'est précisément l'espace dans lequel j'interviens : un relais après les obsèques, en complément du travail des professionnels funéraires, pour les personnes qui souhaitent être accompagnées dans la durée. Cela passe par un accompagnement individuel adapté au rythme de chacun.e, mais aussi par des groupes de parole menés avec l'association Happy End, où il est possible de partager son vécu avec d'autres personnes endeuillées, sans jugement ni pression à "aller mieux" selon un calendrier imposé.
Si vous traversez actuellement cette épreuve et que vous sentez que porter cela seul.e devient trop lourd, sachez qu'il existe des espaces pensés pour vous accompagner à votre propre rythme, qu'il s'agisse d'un accompagnement individuel ou d'un temps partagé avec d'autres personnes qui vivent une expérience proche de la vôtre.




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