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RPS en entreprise : pourquoi le manager de proximité est votre meilleure — et votre plus fragile — ligne de défense

  • Ivan Caullychurn
  • il y a 6 jours
  • 7 min de lecture

Sophie manage une équipe de huit personnes dans un service administratif d'une ETI bordelaise. Elle est rigoureuse, investie, réputée pour son sens de l'organisation. Depuis trois mois, elle remarque que Karim — l'un de ses meilleurs éléments — est plus silencieux que d'habitude lors des réunions d'équipe. Il part systématiquement à l'heure pile, lui qui restait parfois après. Il a décliné deux déjeuners collectifs. Sophie s'en est aperçue. Elle s'est dit que "ça allait passer". Que ce n'était pas son rôle de "jouer au psy". Que si ça devenait un problème, Karim viendrait la voir.


Six semaines plus tard, Karim était en arrêt pour épuisement professionnel. Durée de l'arrêt : onze semaines. Coût direct et indirect pour l'entreprise : plusieurs dizaines de milliers d'euros. Sans compter la désorganisation de l'équipe, la surcharge reportée sur ses collègues, et la culpabilité de Sophie — qui n'avait pas su lire les signaux.


Cette histoire, les DRH la connaissent. Elle se répète, dans des variantes légèrement différentes, dans des centaines d'entreprises françaises chaque année. Et elle pointe systématiquement vers le même maillon : le manager de proximité. Celui qui voit. Celui qui sait. Celui qui, faute d'outils et de posture, ne fait rien — ou trop tard.


Le manager de proximité : premier capteur RPS de l'entreprise

Les données convergent sur ce point avec une clarté troublante. Le manager de proximité est le maillon central de la détection des RPS. Sa position quotidienne auprès des équipes lui donne accès à des informations que ni la direction, ni les ressources humaines ne peuvent capter à distance.


C'est une réalité structurelle, pas une question de bonne volonté. Le N+1 est le seul acteur de l'entreprise qui observe quotidiennement les comportements, les interactions, les micro-changements d'attitude de ses collaborateurs. Il perçoit — souvent de manière intuitive — qu'un équilibre s'est modifié dans l'équipe. Avant que les chiffres le disent. Avant que les RH le remontent. Avant que le médecin du travail soit saisi.


C'est donc lui qui détient les signaux faibles les plus précieux. Ceux qui, s'ils sont lus à temps, permettent une intervention préventive. Ceux qui, ignorés ou mal interprétés, mènent directement à la crise.


Ce que les chiffres disent — et ce qu'ils impliquent pour vous

Le coût humain et financier des RPS non détectés est considérable. Les troubles psychologiques sont devenus la première cause d'arrêts de travail de longue durée, représentant plus d'un quart de ces arrêts selon les données 2024 de Malakoff Humanis. Le coût global de l'absentéisme est estimé à plus de 120 milliards d'euros par an selon le baromètre WTW 2025. Un arrêt long coûte en moyenne 45 000 euros à l'entreprise.

75 % des départs de collaborateurs sont liés au management selon l'étude Gallup 2024. Et dans une situation de mal-être sur deux, le manager est identifié comme un facteur aggravant — ou au contraire comme un soutien déterminant.


Ce dernier chiffre mérite qu'on s'y arrête. Le même rôle, selon la manière dont il est exercé, peut être soit le principal vecteur de protection des RPS, soit l'un de leurs principaux facteurs d'aggravation. Ce n'est pas une question de personnalité ou d'intention — c'est une question de compétences, d'outils et de posture.

Seules 39 % des entreprises consacrent du temps à des démarches de sensibilisation aux RPS selon le baromètre Empreinte Humaine 2024. Autrement dit : dans six entreprises sur dix, les managers affrontent seuls et sans filet une responsabilité pour laquelle ils n'ont jamais été formés.


Ce que ça coûte concrètement à votre organisation

Situation

Coût estimé par collaborateur concerné

Arrêt de travail court (< 1 mois)

2 000 à 5 000 € (remplacement, désorganisation)

Arrêt de travail long (burn-out, dépression)

30 000 à 45 000 € en moyenne

Turn-over lié aux RPS

50 à 200 % du salaire annuel du poste concerné

Présentéisme RPS (présent mais non opérationnel)

Estimé à 14 000 € par an et par salarié concerné

Sources : Baromètre WTW 2025, Malakoff Humanis 2024, ITG/OpinionWay 2024


Le piège du manager "ni thérapeute, ni RH"

La première résistance des managers face aux RPS, c'est une question de légitimité. "Ce n'est pas mon rôle." "Je ne suis pas psychologue." "Si je pose des questions, je risque d'envahir la sphère personnelle." Ces réserves sont compréhensibles. Elles sont aussi, dans la majorité des cas, le principal frein à une détection efficace.


Les managers ne sont ni des thérapeutes, ni des experts en santé mentale. En revanche, ils ont un rôle central pour comprendre ce qui, dans le travail et dans l'environnement collectif, produit ou amplifie les tensions. C'est une distinction fondamentale — et souvent mal comprise. La prévention des RPS ne demande pas au manager de diagnostiquer, de traiter, ni d'interpréter psychologiquement ses collaborateurs. Elle lui demande d'observer, de nommer ce qu'il voit, et de savoir à qui passer le relais.


Ce glissement de posture — de l'interprétation à l'observation — est précisément ce que la plupart des managers n'ont jamais eu l'occasion de travailler. Les plans de formation se concentrent encore majoritairement sur les dimensions techniques ou opérationnelles du management — entretien annuel, gestion de projet, animation d'équipe — en laissant de côté la dimension émotionnelle et humaine du rôle.


Le résultat est prévisible : des managers compétents sur le plan opérationnel, qui se retrouvent démunis face à un collaborateur en difficulté, et qui — faute de savoir quoi faire — ne font rien.


Les signaux faibles que vos managers voient sans les lire

Observer un changement d'attitude, distinguer une mauvaise journée d'un début de spirale descendante, oser aborder le sujet sans stigmatiser ni diagnostiquer : tout cela s'apprend. Et c'est précisément ce que la majorité des managers n'ont jamais eu l'occasion de travailler.


Ces signaux faibles ont pourtant des formes reconnaissables. En voici les principales, telles que les spécialistes de la prévention RPS les ont documentées :

  • Le retrait social progressif : un collaborateur qui s'isole des interactions informelles, décline les temps collectifs, réduit ses échanges aux seuls éléments strictement professionnels

  • La variation de rythme inexpliquée : arrivées plus tardives, départs précipités, baisse visible de la qualité ou du volume de production sans contexte apparent

  • L'irritabilité inhabituelle : réactions disproportionnées à des remarques anodines, tensions avec des collègues avec lesquels la relation était auparavant fluide

  • La fatigue visible et persistante : cernes, essoufflement à l'effort, ralentissement cognitif, erreurs inhabituelles chez un collaborateur fiable

  • Le désengagement silencieux : participation mécanique aux réunions, absence d'initiatives, perte d'intérêt pour des projets qui mobilisaient auparavant

  • Les signaux somatiques indirects : maux de tête fréquents évoqués en réunion, plaintes récurrentes de douleurs physiques sans cause déclarée


Aucun de ces signaux, pris isolément, ne constitue un diagnostic. C'est leur accumulation, leur persistance dans le temps, et leur rupture par rapport au comportement habituel du collaborateur qui leur donne leur valeur d'alerte.


Le manager exposé : une dimension souvent oubliée

Il y a un angle mort dans la plupart des dispositifs RPS d'entreprise : le manager lui-même. Il est important de souligner que la prévention des RPS ne concerne pas uniquement les collaborateurs des managers : les managers sont eux-mêmes exposés au stress et à la pression liés à leurs responsabilités. Gérer la souffrance au travail des équipes tout en maintenant la performance, arbitrer des priorités conflictuelles, répondre aux attentes de la hiérarchie et gérer des situations complexes peut générer un stress important et un risque d'épuisement.


C'est un effet de ciseau bien documenté : plus la pression RPS monte dans une équipe, plus elle monte aussi sur le manager qui en est responsable. Un manager épuisé voit moins bien, entend moins bien, réagit moins vite. Il devient moins disponible émotionnellement pour ses collaborateurs au moment précis où ils en auraient le plus besoin.

Prévenir les RPS dans une organisation, c'est donc aussi — et peut-être d'abord — prendre soin des managers eux-mêmes. Les accompagner pour qu'ils puissent exercer ce rôle de détection sans s'y épuiser.


Ce que le DRH peut mettre en place — et ce qu'il ne peut pas faire seul

La question n'est pas de savoir si les managers doivent jouer un rôle dans la prévention des RPS. La loi et les données le confirment : ils le jouent déjà, qu'ils le veuillent ou non. La vraie question, c'est de savoir si votre organisation les y prépare sérieusement, ou si elle leur confie une responsabilité sans leur en donner les moyens.


Trois leviers sont documentés comme les plus efficaces sur ce terrain :

La sensibilisation structurée, d'abord. Pas une conférence ponctuelle, mais un vrai travail sur les mécanismes des RPS, les signaux d'alerte, et la posture d'observation — différente de la posture d'intervention. La prévention secondaire vise à limiter les impacts en renforçant les ressources des équipes, notamment par la formation et le coaching.

L'accompagnement individuel des managers en difficulté, ensuite. Quand un manager fait face à une situation complexe dans son équipe — un collaborateur en souffrance visible, une dynamique de groupe qui se dégrade, une tension dont il ne sait pas comment parler — l'accompagnement individuel confidentiel lui permet de traiter la situation sans l'exposer ni exposer son équipe.

Le relais structuré vers des professionnels, enfin. Le manager détecte — il ne traite pas. Sa compétence clé est de savoir à quel moment et vers qui passer le relais. Ce réflexe de transmission, quand il est bien calibré, est ce qui fait la différence entre une prévention primaire efficace et une gestion de crise en urgence.


Karim est revenu. Sophie a changé de posture.

Trois mois après son retour, Karim est opérationnel. Mais l'entreprise a payé le prix fort d'une détection tardive. Sophie, de son côté, a suivi un accompagnement individuel pour travailler sa posture managériale face aux signaux faibles. Elle dit avoir appris une chose simple : la différence entre observer et interpréter. Avant, face à un comportement inhabituel d'un collaborateur, elle cherchait une explication. Maintenant, elle nomme ce qu'elle voit et ouvre une conversation. Sans diagnostic. Sans solution préfabriquée. Juste une question.

"Tu sembles moins disponible que d'habitude depuis quelques semaines. Est-ce que tout va bien ?"


Cette phrase, elle ne savait pas la dire avant. Elle peut paraître simple. Elle ne l'est pas — surtout quand on craint d'envahir, de se tromper, ou d'ouvrir une boîte de Pandore qu'on ne saura pas refermer.

C'est exactement là que l'accompagnement fait la différence. Pas dans le diagnostic. Dans la posture.


Vos managers ont les yeux. Il leur manque peut-être les outils.


👉 Découvrez comment j'interviens en entreprise pour accompagner vos managers et sécuriser votre dispositif de prévention RPS.

Et pour aller plus loin sur les mécanismes des RPS et leur coût organisationnel, consultez également notre article sur l'absentéisme et ses causes cachées.


 
 
 

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