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Pourquoi le deuil ne suit jamais les fameuses étapes

  • Ivan Caullychurn
  • 26 janv.
  • 3 min de lecture


Les « étapes du deuil ». Cinq mots capables de rassurer autant qu’ils peuvent faire culpabiliser. Sur le papier, tout semble simple : une succession logique de phases, une progression quasi pédagogique et, au bout… l’acceptation. Problème : dans la vraie vie, ça ne se passe presque jamais comme ça.


Si ce sujet mérite un article entier, c’est parce que beaucoup de personnes endeuillées arrivent en accompagnement avec la même inquiétude : « Je ne ressens pas les choses dans le bon ordre », « Je pensais avoir avancé mais je rechute », « Je suis bloqué quelque part ». Spoiler peu rassurant mais honnête : il n’y a pas de bon ordre.

Cet article démonte calmement le mythe des étapes linéaires du deuil, explique d’où il vient, pourquoi il persiste, et surtout comment vivre son deuil sans se battre contre un modèle théorique.


D’où viennent les fameuses étapes du deuil ?

Les cinq étapes du deuil sont généralement attribuées à Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre suisse-américaine. Dans son ouvrage On Death and Dying publié en 1969, elle décrit cinq réactions psychologiques observées chez des patients en fin de vie : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation.


Point essentiel souvent oublié : ce modèle n’a pas été conçu pour les personnes endeuillées, mais pour les personnes confrontées à leur propre mort. L’amalgame est venu plus tard, simplifié, vulgarisé, puis transformé en grille quasi obligatoire.


Pourquoi ce modèle rassure autant

Le cerveau humain aime ce qui est structuré. Face à une perte qui bouleverse tout, l’idée d’un chemin balisé apporte une forme de sécurité :

  • Il donne l’impression qu’il existe une fin claire.

  • Il permet de se situer (« j’en suis là »).

  • Il évite le vertige du chaos émotionnel.


Le problème n’est donc pas l’existence du modèle, mais l’usage rigide qu’on en fait. À force de vouloir se repérer, certaines personnes finissent par se juger lorsqu’elles ne « correspondent pas » à la théorie.


Le deuil réel est non linéaire

Dans la réalité clinique et humaine, le deuil ressemble davantage à un mouvement en spirale qu’à un escalier. Une émotion peut réapparaître après des mois, parfois déclenchée par un détail insignifiant : une date, une odeur, une chanson, une phrase.

Les recherches contemporaines confirment cette variabilité. Le deuil est un processus dynamique, influencé par de nombreux facteurs : le lien avec la personne disparue, les circonstances de la perte, l’histoire personnelle, le soutien social, et l’état psychique antérieur.


Le modèle du processus duel : une alternative plus réaliste

Le modèle du processus duel propose une vision beaucoup plus fidèle à ce que vivent les personnes endeuillées. Il distingue deux types de mouvements :

  • L’orientation vers la perte (douleur, tristesse, souvenirs, manque).

  • L’orientation vers la restauration (reprendre une vie quotidienne, se projeter, se distraire).


L’idée clé : on oscille constamment entre les deux. Et cette oscillation est saine. Ne pas penser au défunt pendant un moment n’est pas un déni. Ressentir à nouveau une profonde tristesse après une période plus stable n’est pas une régression.


Pourquoi croire aux étapes peut devenir problématique

Lorsqu’un modèle théorique devient une norme implicite, il peut générer :

  • De la culpabilité (« je devrais être plus avancé »).

  • De l’auto-censure émotionnelle.

  • Une pression sociale mal formulée (« tu devrais passer à autre chose »).


Chez certaines personnes, cela retarde même la demande d’aide, par peur de « mal faire son deuil ».


mythe des étapes vs réalité du deuil

Vision théorique des étapes

Réalité du vécu du deuil

Progression linéaire

Mouvement fluctuant

Ordre prédéfini

Émotions imprévisibles

Durée implicite

Temporalité individuelle

Fin clairement identifiée

Transformation progressive

Norme universelle

Expérience singulière

Quand s’inquiéter malgré tout ?

Dire que le deuil n’est pas linéaire ne signifie pas que tout est toujours « normal ». Certains signaux méritent une attention particulière :

  • Un isolement social marqué et durable.

  • Une souffrance intense qui ne s’atténue pas avec le temps.

  • Des troubles fonctionnels majeurs (sommeil, alimentation, travail).


Dans ces situations, un accompagnement professionnel peut aider à remettre du mouvement là où tout semble figé.


Accepter de ne pas rentrer dans une case

Faire son deuil ne consiste pas à cocher des étapes, mais à apprendre à vivre avec une absence qui transforme. Ce n’est pas oublier, ni « tourner la page », mais intégrer une perte dans une histoire personnelle qui continue.

Se libérer du mythe des étapes, c’est souvent se libérer d’une pression inutile. Et permettre enfin au deuil de suivre son propre rythme.


En tant que coach, ce que j’observe le plus souvent

Les personnes que j’accompagne ne sont pas « en retard » dans leur deuil. Elles sont surtout fatiguées de lutter contre ce qu’elles ressentent. Le travail commence souvent lorsqu’elles comprennent qu’il n’y a rien à réussir, ni à valider.

Le deuil n’est pas un protocole. C’est une expérience humaine brute, désordonnée, parfois déroutante, mais profondément légitime.


 
 
 

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