Coaching de vie : le problème n'est pas qui vous êtes, c'est qui vous faites semblant d'être
- Ivan Caullychurn
- il y a 5 jours
- 6 min de lecture

Il y a une chose que presque tout le monde dit en arrivant en coaching de vie. Une phrase qui revient comme un refrain légèrement épuisé : "Je ne sais plus qui je suis."
Sauf que, à y regarder de plus près, ce n'est pas tout à fait ça. La plupart du temps, vous savez très bien qui vous êtes. Le problème, c'est que cette personne-là ne vous ressemble pas vraiment. Elle est ponctuelle, accommodante, prévenante, professionnelle, bienveillante. Elle dit oui quand elle pense non. Elle sourit au bon moment. Elle s'adapte à merveille.
Et un jour, sans prévenir, quelque chose coince. Pas un drame. Pas une rupture fracassante. Juste une sensation sourde : ce n'est pas moi, tout ça.
C'est exactement là que le coaching de vie entre en scène. Et ce qu'il propose n'est pas du tout ce que vous imaginez peut-être.
Le coaching de vie ne vous construit pas : il vous dégage
La première image qu'on a du coaching de vie, c'est souvent celle d'un processus qui va vous ajouter quelque chose. Des outils. Des techniques. Une méthode pour devenir enfin la meilleure version de vous-même (expression que je déteste, soit dit en passant, parce qu'elle sous-entend que vous êtes une version bêta en attente de mise à jour).
Mais ce que révèle la vraie pratique du coaching de vie, c'est presque le contraire.
Vous n'avez pas besoin d'être reconstruit. Vous avez besoin d'être dégagé.
Dégagé de quoi ? De tout ce que vous avez empilé, au fil des années, sur quelque chose qui était là bien avant. Des attentes de vos parents. Du regard de vos profs. Des injonctions sociales sur ce que doit ressembler une vie réussie. Du rôle que vous jouez dans votre famille, dans votre couple, dans votre équipe au travail.
Tout ça s'accumule. Couche par couche. Et à un moment, vous finissez par confondre le manteau avec la personne qui le porte.
Le concept de faux self : quand l'adaptation devient une prison
Le psychanalyste britannique Donald Winnicott a formalisé dans les années 1960 ce qu'il appelait le "faux self" : une structure psychique de protection, construite très tôt dans l'enfance, pour répondre aux attentes de l'environnement quand celui-ci ne permettait pas l'expression authentique du vrai soi.
En clair : l'enfant qui n'a pas le droit d'être triste, celui à qui on dit "sois fort", celui qui doit être sage pour mériter l'amour, celui dont l'enthousiasme dérange... cet enfant apprend à se taire lui-même. Il développe une façade. Fonctionnelle, adaptée, souvent brillante. Mais creuse.
Ce faux self n'est pas une pathologie en soi. C'est une intelligence de survie. Le problème, c'est quand il prend toute la place et qu'il finit par passer pour la réalité.
L'adulte qui consulte pour un coaching de vie n'est généralement pas en train de s'effondrer. Il est souvent très fonctionnel. Très adapté. Peut-être même perçu comme quelqu'un qui "gère bien". Mais il porte en lui cette sensation persistante d'être un peu à côté de lui-même. De jouer un rôle dans une pièce dont il n'a pas choisi le texte.
Comment reconnaître que vous portez des couches qui ne vous appartiennent pas
Voici quelques signaux qui méritent qu'on s'y arrête :
Vous prenez des décisions qui "ont du sens" sur le papier mais qui ne vous enthousiasment pas vraiment
Vous avez du mal à dire ce que vous voulez, vous, pas ce qui serait raisonnable ou ce qui ferait plaisir à l'autre
Vous vous surprenez à vous comporter différemment selon les contextes, au point de vous demander laquelle de ces versions est la vraie
Vous avez réussi beaucoup de choses mais vous ressentez un vague sentiment d'imposture ou de vide
Quand quelqu'un vous demande ce qui vous rend vraiment heureux, vous mettez un peu trop longtemps à répondre
Vous avez du mal à vous autoriser à vouloir ce que vous voulez, sans justification
Si vous cochez plusieurs de ces cases, vous n'êtes ni fou ni ingrat. Vous êtes juste quelqu'un qui a bien appris à s'adapter. La question qui se pose maintenant, c'est : adapté à quoi, exactement, et pour qui ?
Ce que le coaching de vie fait concrètement
Le coaching de vie ne remplace pas une thérapie, et il n'a pas vocation à fouiller le passé en détail. Ce n'est pas son rôle. Mais ce qu'il fait, concrètement, c'est créer un espace pour commencer à distinguer ce qui vient de vous de ce qui vient d'ailleurs.
Identifier les croyances héritées
Certaines convictions que vous avez sur vous-même n'ont jamais été les vôtres. Elles vous ont été transmises, parfois avec beaucoup d'amour, parfois avec beaucoup d'ignorance. "Tu es trop sensible." "Tu ne sais pas gérer l'argent." "Dans notre famille, on ne se plaint pas." Ces phrases ont fait leur nid. Elles ont fini par structurer vos choix, vos réactions, votre façon de vous percevoir.
Le coaching de vie aide à les mettre au jour. Non pas pour accuser qui que ce soit, mais pour décider en conscience : est-ce que cette croyance me sert encore ? Est-ce qu'elle est vraie ? Est-ce qu'elle est mienne ?
Retrouver ses propres désirs
Il y a des gens qui sont incapables de répondre à la question "qu'est-ce que tu veux ?" sans d'abord regarder autour d'eux pour voir ce qui est acceptable. Ce n'est pas de la politesse. C'est une déconnexion profonde d'avec soi-même.
Un travail de coaching de vie bien mené recrée ce contact. Progressivement. Parfois avec des résistances, parce que vouloir quelque chose pour soi peut faire peur quand on a appris que c'est égoïste de le faire.
Tester une identité plus juste
Le travail ne s'arrête pas à l'introspection. Il passe aussi par l'expérimentation concrète. Qu'est-ce qui se passe quand vous dites non ? Quand vous exprimez un désaccord ? Quand vous faites un choix qui n'a pas besoin de se justifier aux yeux des autres ? Le coaching de vie crée des conditions pour tester, ajuster, ancrer.
Tableau récapitulatif : coaching de vie, ce que c'est et ce que ce n'est pas
Ce que le coaching de vie est | Ce que le coaching de vie n'est pas |
Un espace pour se reconnecter à soi | Une thérapie ou un traitement |
Un travail sur l'identité et les croyances | Un coaching de performance ou de productivité |
Un accompagnement orienté vers l'action | Un espace de décharge émotionnelle uniquement |
Un processus de clarification progressive | Une solution rapide ou une recette |
Un soutien pour faire des choix alignés | Une direction imposée par le coach |
Ce n'est pas de l'égoïsme, c'est de la clarté
Il y a quelque chose de contre-intuitif dans ce travail. On a souvent peur que se reconnecter à soi rende égoïste. Que si on commence à vouloir ce qu'on veut vraiment, on va blesser des gens, décevoir des proches, fracturer des équilibres.
L'expérience montre exactement le contraire. Quelqu'un qui vit en accord avec lui-même est beaucoup plus disponible pour les autres que quelqu'un qui se sacrifie en silence et accumule du ressentiment. La générosité qui vient de la plénitude n'a rien à voir avec le dévouement qui vient de la peur de décevoir.
Se retrouver soi-même, ce n'est pas tourner le dos aux autres. C'est arrêter de leur offrir une version appauvrie de vous.
Si vous voulez comprendre comment le travail sur les émotions s'articule avec cette reconquête de soi, vous pouvez lire aussi comment le coaching aide à traverser les périodes de doute et de transition. Et si la question de la confiance en soi vous parle, jetez un oeil à ce que le manque de confiance dit vraiment de vous.
Par où commencer quand on se sent étranger à soi-même
La première étape n'est pas un grand saut. C'est une petite question, posée honnêtement : dans quelle partie de ma vie est-ce que je joue un rôle qui ne me ressemble pas ?
Pas besoin de tout remettre en question. Pas besoin d'avoir une réponse immédiate. Juste la capacité à regarder en face ce qui coince, sans se raconter que c'est normal, que tout le monde vit comme ça, que c'est pas si grave.
Parce que oui, tout le monde adapte un peu son comportement selon le contexte. C'est humain. Mais quand l'adaptation est devenue le mode par défaut et que vous ne savez plus très bien qui est là quand personne ne regarde, c'est une information précieuse.
Le coaching de vie ne vous dira pas qui vous êtes. Personne ne peut faire ça à votre place. Mais il crée les conditions pour que vous puissiez l'entendre par vous-même.
Et souvent, cette voix-là était là depuis le début. Elle attendait juste qu'on lui fasse un peu de place.
Pour aller plus loin sur le concept de faux self et ses manifestations, les travaux de Donald Winnicott restent une référence incontournable. Et si vous voulez explorer concrètement ce que le coaching peut changer, Psychology Today propose un éclairage sérieux sur les mécanismes en jeu.
Ivan Caullychurn est coach certifié à Bordeaux, spécialisé dans l'accompagnement émotionnel et la reconquête de soi. Si quelque chose dans cet article vous a parlé, la première séance est là pour en parler.




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