Quand un salarié disparaît : ce que vivent vraiment les DRH face à un arrêt maladie prolongé
- Ivan Caullychurn
- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

Claire a quinze ans d'expérience en ressources humaines. Elle a géré des restructurations, des conflits sociaux, des départs difficiles. Elle pensait avoir tout vu.
Un mardi matin, elle trouve sur son bureau un arrêt maladie. Deux semaines. Signé par le médecin traitant. Pas de mot, pas d'appel, pas de message.
Le salarié s'appelle Thomas. Cadre intermédiaire, huit ans d'ancienneté, bon profil. Pas le genre à faire des vagues.
Claire attend.
Deux semaines deviennent trois
La prolongation arrive par courrier. Puis une autre.
Claire a essayé de joindre Thomas. Pas de réponse. Elle a demandé au manager, un homme pragmatique, la cinquantaine, qui gère son équipe à l'ancienne. Il lui a dit que c'était sûrement la fatigue, que Thomas allait revenir, qu'il fallait juste lui laisser le temps.
Claire n'est pas convaincue.
Parce qu'elle, elle a remarqué des choses. Pas des signaux d'alarme évidents — rien de ce genre. Plutôt des micro-signes, le genre qu'on range dans la case "période chargée" parce qu'on n'a pas le temps de s'y arrêter. Thomas qui arrivait un peu plus tard ces derniers mois. Qui participait moins aux réunions d'équipe. Qui avait posé trois jours de congés en urgence en septembre sans vraiment expliquer pourquoi.
Elle les avait vus. Elle n'avait rien fait. Pas par négligence — par manque d'outil, par manque d'espace pour intervenir.
Ce que personne ne dit sur les arrêts maladie prolongés
Un arrêt maladie, dans une PME, ce n'est pas qu'une ligne sur un tableau de bord RH.
C'est une organisation qui se réajuste en urgence. Des collègues qui absorbent la charge sans qu'on leur demande leur avis. Un manager qui minimise parce qu'il ne sait pas quoi faire d'autre. Et une DRH qui se retrouve seule avec une situation qu'elle ne peut pas vraiment résoudre depuis son bureau.
Parce que Claire ne peut pas appeler Thomas. Elle ne peut pas débarquer chez lui. Elle ne peut pas savoir ce qui se passe vraiment — burn-out, dépression, conflit non dit avec son manager, problème personnel qui déborde sur le professionnel. Elle n'a pas accès à ça. Ce n'est pas son rôle.
Et c'est précisément là que le problème s'installe.
Les risques psychosociaux ne préviennent pas
Ce que vivent Thomas et des milliers de salariés comme lui, c'est rarement spectaculaire au départ. Les risques psychosociaux — stress chronique, épuisement professionnel, sentiment d'isolement, perte de sens — s'installent discrètement, sur des mois, parfois des années.
Selon l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), le stress au travail est la deuxième cause de maladie professionnelle en France. Et les arrêts maladie liés aux troubles psychologiques représentent une part croissante des absences longues dans les entreprises françaises.
Ces chiffres, Claire les connaît. Ce qu'elle ne sait pas, c'est comment intervenir avant d'en arriver là.
Ce que le manager ne voit pas ou ne veut pas voir
Le manager de Thomas a dit que ça allait. C'est une réponse humaine, compréhensible. Reconnaître qu'un membre de son équipe va mal, c'est aussi reconnaître qu'on ne l'a pas vu, qu'on n'a peut-être pas créé les conditions pour qu'il le dise.
C'est inconfortable. Alors on minimise.
Ce réflexe-là, Claire le connaît bien. Elle le voit régulièrement. Et elle sait que derrière chaque manager qui dit "ça va aller", il y a souvent une situation qui couve depuis bien plus longtemps qu'on ne le pense.
La solitude du poste RH
Ce que peu de gens mesurent de l'extérieur, c'est la solitude du poste de DRH face à ces situations.
Claire est à la charnière entre la direction — qui veut des résultats, de la stabilité, pas de vagues — et les salariés — qui ont besoin d'être entendus, accompagnés, parfois protégés. Elle porte des informations confidentielles qu'elle ne peut pas partager. Elle voit des tensions que personne d'autre ne veut nommer. Elle gère des situations humaines complexes avec des outils qui ne sont pas faits pour ça.
Un entretien RH, aussi bien conduit soit-il, ne remplace pas un espace thérapeutique. Une politique bien-être, aussi sincère soit-elle, n'atteint pas ce qui se passe vraiment chez un salarié qui souffre en silence.
Ce qui se passe dans l'open space pendant ce temps
Pendant que Thomas est absent, ses collègues absorbent. Certains sans se plaindre — du moins en apparence. D'autres avec cette tension sourde qui commence à filtrer dans les réunions, dans les couloirs, dans les déjeuners qui se raccourcissent.
Dans l'open space de Claire, en ce moment, combien ressemblent à ce qu'était Thomas il y a trois mois ?
C'est la vraie question. Pas comment gérer l'arrêt en cours — mais comment éviter le prochain.
Les signaux faibles qu'on ne regarde pas assez
Signal faible | Ce qu'on en fait souvent | Ce que ça peut cacher |
Retards récurrents | "Il traverse une période" | Épuisement, démotivation profonde |
Retrait des moments collectifs | "Il est introverti" | Isolement, souffrance silencieuse |
Congés posés en urgence | "Problème perso" | Tentative de récupération |
Baisse de participation en réunion | "Il est débordé" | Perte de sens, désengagement |
Frictions avec le manager | "Incompatibilité de caractères" | Conflit non résolu, RPS installés |
Ce que je propose aux DRH
Claire ne peut pas être thérapeute. Ce n'est pas son métier, ce n'est pas son rôle, et ce serait une erreur de lui demander de l'être.
Ce qu'elle peut faire, c'est créer les conditions pour qu'un salarié qui en a besoin accède à un espace confidentiel, extérieur à l'entreprise, avec un interlocuteur qui n'a aucun lien avec sa hiérarchie.
C'est exactement ce que je propose aux DRH de PME et ETI.
Un accompagnement individuel activable sous 72h, structuré sur 6 à 12 séances par collaborateur, avec un rapport anonymisé remis à la DRH en fin de dispositif. Pas de noms, pas de contenus de séance — juste les grandes tendances, pour que la DRH dispose d'éléments concrets sans jamais trahir la confidentialité des salariés accompagnés.
Ce n'est pas un atelier. Ce n'est pas une formation d'une journée sur la gestion du stress.
C'est un vrai travail, en individuel, sur ce qui bloque réellement.
Si vous portez en ce moment des situations qui ressemblent à celle de Claire, contactez-moi.
Ivan — coach professionnel certifié, spécialisé en prévention des RPS — Bordeaux




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