Retrouver le goût à la vie
- Ivan Caullychurn
- il y a 4 jours
- 7 min de lecture

Il n'y a pas eu de drame. Pas de rupture fracassante, pas de licenciement, pas de deuil qui expliquerait tout. Juste... ça. Ce sentiment flou d'avancer sur du vide. Le matin qui ressemble au précédent. Les projets qui n'arrivent plus. Les envies qui ont l'air de s'être planquées quelque part sans laisser d'adresse.
Vous vous levez. Vous faites les choses. Vous fonctionnez.
Mais retrouver le goût à la vie, le vrai, celui qui donne l'impression que ce que vous faites a un sens, c'est une autre histoire.
Ce texte est pour vous. Pas pour vous donner dix conseils à cocher sur une liste. Pas pour vous expliquer que la gratitude va tout changer. Pour vous dire que ce que vous ressentez a un nom, une logique, et surtout, une sortie. Pas glamour, pas rapide, mais réelle.
Quand le blocage n'a pas de cause claire : le plus déstabilisant des états
On pourrait presque préférer une raison. Une vraie. Une grosse. Parce qu'au moins, on saurait quoi réparer.
Mais là, non. C'est diffus. C'est mou. C'est le genre de truc qu'on n'ose pas trop nommer parce qu'on a l'impression de se plaindre pour rien.
Voilà quelques visages de ce blocage sans étiquette :
Claire, 41 ans, cadre dans l'événementiel. Tout va bien, objectivement. Bon salaire, appartement sympa, des ami.e.s. Mais le dimanche soir, elle regarde son agenda de la semaine et elle ne ressent... rien. Ni excitation, ni crainte. Juste une indifférence légèrement inquiétante.
Thomas, 38 ans, indépendant dans le digital. Il a réalisé son rêve de gosse : travailler pour lui. Sauf que la liberté qu'il imaginait ressemble plutôt à une longue journée sans cap. Il cherche un projet, mais il ne sait même plus ce qui l'intéresse vraiment.
Laure, 44 ans, mère de deux enfants, à mi-temps subi depuis trois ans. Elle a tout organisé autour des autres. Maintenant qu'elle a un peu de temps pour elle, elle ne sait plus quoi en faire. Comme si elle avait oublié qui elle était avant.
Ces trois situations n'ont rien à voir entre elles. Sauf que dans les trois cas, la personne se dit la même chose : "Je devrais aller bien. Alors pourquoi est-ce que je me sens aussi vide ?"
Le sentiment de stagnation ne traduit pas nécessairement un manque de volonté. Il peut refléter une saturation mentale ou émotionnelle progressive, souvent invisible à l'œil nu. Autrement dit : vous n'êtes pas paresseux.se, ni ingrat.e. Votre cerveau est épuisé d'une façon que votre quotidien ne montre pas. Ahkili
Le piège de la grande révélation
Il y a une croyance très répandue sur le fait de retrouver le goût à la vie. Elle ressemble à peu près à ça : "Un jour, je vais comprendre ce qui me manque. J'aurai une révélation. Et là, tout ira mieux."
C'est une belle histoire. Et c'est aussi l'une des plus paralysantes qui soit.
Parce que pendant qu'on attend la grande révélation, on ne fait rien. On surveille. On guette. On scrute ses propres pensées à la recherche du signal qui n'arrive pas. Et plus on cherche l'envie, plus elle semble fuir.
Ce n'est pas une question de caractère. C'est une question de mécanique cérébrale. La perspective de grands changements stresse le cerveau et le bloque. Le cerveau adore la répétition, mais il déteste les ruptures brutales. Attendre une transformation spectaculaire, c'est précisément le genre de chose qui empêche d'avancer. surlebonchemin
L'autre piège, symétrique, c'est la comparaison. Défiler sur LinkedIn ou Instagram en mode radar, à chercher des gens qui "ont trouvé leur voie", qui "ont tout plaqué et sont épanoui.e.s". Ce que vous voyez, c'est la version montée au montage de leur vie. Pas le doute du mercredi matin à 7h.
Alors, si ce n'est pas une grande révélation, c'est quoi ?
Ce que la psychologie dit vraiment sur les blocages existentiels
Depuis quelques années, les données sur la santé mentale des actifs français ne sont pas réjouissantes. En 2024, 53 % des salarié.e.s déclarent souffrir de niveaux de stress élevés, en hausse de 13 points par rapport à 2023, et 62 % signalent un épuisement physique. Et derrière ces chiffres, il y a souvent quelque chose de plus silencieux que le burn-out classique : la perte de sens.
Le brown-out, moins documenté mais bien présent, désigne cette perte de sens au travail lorsque les missions semblent déconnectées des valeurs ou des objectifs perçus. Sauf que le brown-out ne s'arrête pas au travail. Il s'étend. Il colore tout. Un.e professionnel.le en perte de sens au bureau rentre chez elle sans énergie pour ses projets personnels. Ses relations. Son rapport à l'avenir.
Ce qui se passe dans ces moments-là, c'est que les systèmes de motivation interne se déconnectent. On continue à agir par habitude, par obligation, par peur du vide. Mais pas par envie. Et l'absence d'envie génère de la culpabilité, qui génère de l'immobilité, qui génère davantage d'absence d'envie. Un cercle qui se referme très confortablement sur lui-même.
Ce que cette mécanique a de rassurant, c'est qu'elle est réversible. Pas d'un coup. Pas grâce à une prise de conscience foudroyante. Mais progressivement, à condition de commencer par le bon bout.
Pourquoi les petites actions sont plus puissantes que les grands projets
C'est contre-intuitif. Quand on se sent bloqué.e dans sa vie, l'instinct est souvent de vouloir faire quelque chose de grand. Démissionner. Déménager. Tout changer. Comme si la taille du geste pouvait compenser la taille du vide.
Sauf que le cerveau ne fonctionne pas comme ça.
Il y a un concept issu du management japonais, le Kaizen, qui a été adapté à la psychologie par Robert Maurer, psychologue à l'UCLA. Adapté aux situations personnelles, le Kaizen, stratégie des petits pas, s'est révélé très efficace notamment pour désinhiber les peurs liées au changement. L'idée centrale : la perspective de grands changements stresse le cerveau et le bloque. Le Kaizen va faire en sorte que les changements soient si petits qu'ils évitent la peur qui incite à fuir ou à attaquer. L'amygdale cérébrale est court-circuitée.
Traduit en termes concrets, ça ressemble à quoi ?
Tableau récapitulatif : grande action vs. petite action
Ce qu'on croit devoir faire | Ce qui fonctionne vraiment |
Trouver sa passion | Faire une chose qui m'intéresse un peu |
Définir un projet de vie | Tester une activité nouvelle pendant 20 minutes |
Reprendre le sport sérieusement | Marcher 10 minutes après le déjeuner |
Changer de vie professionnelle | Lire un article sur un domaine qui attire |
Retrouver l'envie | Faire une petite chose juste pour le plaisir |
Robert Maurer a demandé à ses patient.e.s de faire de petits pas vers un changement important. À une personne qui ne se retrouvait plus dans son travail, il a conseillé non pas de le quitter, mais de penser chaque jour à son métier idéal. Ces actions ne demandent presque aucun effort mais produisent des effets considérables sur le long terme. Good-Moon
C'est précisément cette logique qui guide ma pratique en coaching.
Retrouver le goût à la vie : ce que ça implique vraiment
Retrouver le goût à la vie, ce n'est pas retrouver la joie permanente. Ce n'est pas se réveiller un matin avec un projet clair, des envies classées par priorité et un sens de la vie bien emballé dans du papier cadeau.
C'est plus sobre que ça. Et plus solide.
Voilà quelques pistes qui fonctionnent, pas comme une liste à cocher, mais comme des directions à explorer :
Distinguer l'absence d'envie de l'absence de goût. Ce sont deux choses différentes. L'envie est active, elle pousse. Le goût est plus discret, il reconnaît. On peut avoir perdu l'envie d'agir tout en conservant un goût pour certaines choses. Repérer ce qui vous touche encore, même légèrement, c'est déjà un fil à tirer.
Arrêter de chercher le projet et commencer par chercher l'état. Pas "qu'est-ce que je veux faire ?" mais "quand est-ce que je me sens vivant.e ?" Ce peut être en cuisine, en écoutant un podcast, en baladant un chien qui n'est pas le vôtre. Peu importe. C'est une donnée.
Ne pas confondre stagnation et repos nécessaire. Parfois, ce qu'on prend pour un blocage est une période de recharge que le cerveau s'octroie seul, faute d'avoir été écouté autrement. Le problème, c'est quand cette période dure. Quand le repos se transforme en enlisement.
Accepter que le moteur se rallume rarement d'un coup. Il se réchauffe. Lentement. Avec des micro-signaux : un peu plus d'énergie ce jour-là, un projet qui ne fait plus peur, une conversation qui donne envie de la poursuivre. Ces signaux comptent. Ils sont la preuve que quelque chose redémarre.
Et le coaching dans tout ça ?
Ce n'est pas un mot magique. Ce n'est pas non plus la solution universelle à tout état existentiel.
Mais pour les personnes qui se sentent bloquées dans leur vie sans savoir pourquoi, sans drame apparent, sans diagnostic médical, le coaching offre quelque chose de particulier : un espace pour mettre des mots sur ce qui est flou, et un cadre pour avancer sans avoir à tout comprendre en premier.
Ce que j'observe souvent en séance, c'est que les gens ne manquent pas de ressources. Ils manquent de permission. La permission de prendre leur flou au sérieux. La permission d'avancer sans avoir la destination claire. La permission de commencer par quelque chose de petit.
Ce n'est pas de la psychologie de comptoir. Ce n'est pas non plus une cure de développement personnel en huit étapes avec diplôme à la clé. C'est un travail concret, à votre rythme, qui part de là où vous en êtes, pas de là où vous devriez être.
Si vous reconnaissez quelque chose de votre propre histoire dans ce texte, ça mérite peut-être qu'on en parle. Une première séance, sans engagement, pour voir si ça fait sens. Les modalités sont là.
Ce qu'il faut retenir sur le fait de retrouver le goût à la vie
Idée reçue | Ce qui est plus juste |
Il faut une raison pour se sentir bloqué.e | Le blocage peut être diffus, sans événement déclencheur |
Il faut trouver sa passion pour avancer | Il suffit de trouver quelque chose qui intéresse un peu |
Les grands changements libèrent | Les petites actions régulières réamorcent |
Le coaching c'est pour les gens en crise | C'est surtout utile quand tout va "bien" mais rien ne va |
Il faut comprendre avant d'agir | Agir permet souvent de comprendre |
Se sentir bloqué.e dans sa vie sans savoir pourquoi, c'est l'une des expériences les plus solitaires qui soit. Parce qu'elle est difficile à raconter. Parce qu'on a peur de ne pas être compris.e. Parce qu'objectivement, "ça pourrait être pire".
Mais le fait que ça pourrait être pire n'implique pas que ça ne pourrait pas être mieux. Beaucoup mieux. Différemment. Avec plus de goût, plus de présence, plus d'envie de voir ce qui vient ensuite.
C'est précisément pour ça que ce travail existe.
Quelques ressources pour aller plus loin : L'Association Française de Psychologie Positive publie régulièrement des contenus de qualité sur la motivation et le sens, accessibles au grand public.




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